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Réflexions d'une psychologue noire

Relations amoureuses et échecs. De la nécessité d’apprendre à choisir un (e) partenaire et à gérer une relation de couple

De nos jours, hommes comme femmes, tout le monde se plaint. Il semblerait qu’il soit devenu difficile de trouver un(e) partenaire avec qui construire sa vie. Et quand bien même on réussit à se mettre en couple, les plaintes continuent à fuser … d’une autre manière.

La banalisation de la notion d’engagement ainsi que la montée de l’individualisme (mon intérêt d’abord) poussent à la multiplication des relations éphémères ou intéressées. Tous les moyens sont bons pour se mettre à l’abri.

Au sein d’une même communauté, on se méfie les uns des autres. En cas de problèmes relationnels, les hommes  sont traités de “gigolos”, de “vauriens”, et de “profiteurs”. Les femmes pour leur part sont traitées de “panthères”, d’araignées” ou de “matérialistes, calculatrices”.

Instinctivement, tout le monde se rejette la faute. Nous pensons toujours être mieux que l’autre. C’est sa faute à lui ou à elle si les choses n’ont pas fonctionné. Peu de personnes prennent le temps d’évaluer la relation terminée afin d’en  comprendre les causes. Et pourtant, c’est une étape Ô combien importante! pour repartir du bon pied.

Chercher le coupable aide à se sentir mieux sur le coup, mais n’aide nullement à avancer de manière constructive.

Quelques questions à se poser après une séparation

  • Comment m’y suis-je pris(e) pour choisir cette personne? ai-je pris le temps de vérifier notre compatibilité? avions-nous les mêmes objectifs?
  • Mes critères et mes attentes étaient-ils réalistes?
  • Mon comportement et mon caractère étaient-ils appréciables?
  • Suis-je assez mature pour gérer une relation de couple? ai-je digéré mes ruptures passées?
  • Ai-je une idée claire de ce que je recherche dans une relation et de ce que je peux y apporter?

Le problème peut venir de vous, de l’autre , ou du type de relation que vous partagiez.

Quels facteurs explicatifs des mésententes et échecs relationnels entre personnes immigrées issues de la même communauté?

1- Le choc culturel et la force de loi

La vie à l’étranger nous met en contact avec une conception différente de la vie de  couple et du mariage. Citons quelques exemples pour illustrer ce propos:

  • Les hommes participent aux tâches ménagères et les femmes contribuent financièrement aux charges du ménage.
  • Les femmes ont l’opportunité de faire intervenir un tiers (police, justice) en cas de conflits avec leur partenaire, et s’en servent souvent de manière abusive ou inappropriée.
  • En cas de divorce, et en l’absence de contrat de mariage, c’est la femme qui reste avec la maison et les enfants. Un droit de visite et d’hébergement peut ou pas être accordé au père selon les cas.

Ces différentes conceptions sont susceptibles de bouleverser nos croyances et comportements, dans la mesure  où nous avons grandi dans une société patriarcale  et patrilinéaire.

L’homme est la figure d’autorité, il pourvoit aux besoins de sa famille et en cas de séparation, c’est lui qui reste avec les enfants. Il n’est pas censé faire la cuisine ou contribuer aux tâches ménagères. La femme quant à elle a un rôle de maîtresse de maison et s’occupe de l’éducation des enfants au quotidien. Qu’elle travaille à l’extérieur ou pas.

Tout ceci relève de la conception traditionnelle des rôles masculins et féminins dans le couple. 

Il existe bien sûr des particularités (familles monoparentales, femme qui travaille et homme au chômage, etc), et des évolutions que je ne saurais énumérer ici. Mon but étant simplement de rappeler le contexte dans lequel ont été éduqués les hommes et les femmes ayant grandi au pays.

Toute société, quelle qu’elle soit, élabore ses propres codes de conduite, calqués sur les valeurs fondamentales qu’elle souhaite mettre en avant.  Par exemple, la manière de gérer un conflit conjugal varie en fonction de la culture à laquelle on appartient.

Dans les cultures dites “communautaires”, la tendance habituelle est de réunir les familles respectives pour en discuter et trouver des solutions. En Europe par contre, l’accent est mis sur la loi, car l’intérêt individuel prime sur la cohésion du groupe. La famille au sens large, n’a pas un rôle de régulation sociale comme en Afrique.

On ne saurait donc copier tels quels les éléments d’une culture étrangère sans déterminer  au préalable s’il y a une compatibilité possible avec les valeurs qui sont les nôtres.

Au risque de faire éclater la structure familiale, avec toutes les conséquences désastreuses que nous connaissons.

Je ne dis pas que les femmes n’ont pas de droits, ou qu’elles ne doivent pas se protéger si elles se sentent en danger ou lésées. Ce que je dis, c’est que les conflits de couple, sans violence, ni danger pour l’intégrité physique , ne devraient pas de prime abord, être portés auprès des autorités. Le retour de manivelle peut parfois être violent et les conséquences, difficiles à gérer.

Même à la police, ou au tribunal, on propose d’abord une conciliation ou une médiation, avant d’aller plus loin dans les procédures.

 

2- L’incapacité ou la difficulté à faire un bon choix

Tout ce qui nous plaît n’est pas forcément bon pour nous. On peut aimer un homme ou une femme, mais ne pas pouvoir vivre avec … pour plusieurs raisons.

Dans certains pays, les femmes ont été éduquées dans l’optique où on viendrait les demander en mariage plus tard. On leur a appris à être de bonnes femmes, mais on ne leur a pas appris à chercher elles-mêmes un conjoint. D’ailleurs, les relations amoureuses avant le mariage étaient souvent proscrites et se vivaient la plupart du temps en cachette. Le prétendant était souvent  issu de l’entourage, les parents se chargeant de trouver un “bon” mari à leurs filles.

Cette pratique vaut également  pour les garçons, à qui on peut proposer de potentielles épouses. Dans mon ethnie  par exemple, les hommes ont souvent tendance à demander à leurs parents de leur trouver une femme. Ce n’est évidemment pas le cas de tout le monde, puisqu’il existe bel et bien des couples qui se sont formés de manière spontanée et qui ont fini par le mariage.

Mon propos concerne uniquement la capacité à choisir soi-même un compagnon ou une compagne

Si certaines personnes y arrivent très bien, d’autres par contre, vont d’échecs en échecs ou ne se sentent tout simplement pas capables de faire “le bon choix”.

Plusieurs éléments interfèrent donc, dans cette décision, pourtant cruciale:

  • Le manque d’objectivité (réfléchir avec ses émotions)
  • L’attentisme ( ne pas se mobiliser pour faire des rencontres)
  • La peur de finir seule ou de ne pas avoir d’enfant ( chercher un géniteur ou quelqu’un pour nous tenir compagnie)
  • Le manque d’expérience (ne pas détecter les personnes abusives)
  • L’immaturité (chercher un” père” ou une “mère” )
  • Les échecs passés, non digérés (se baser sur son expérience passé pour faire un choix)
  • Les blessures d’enfance (chercher un partenaire qui nous apporterait ce qu’on n’a pas eu)

 

3- La précipitation et le manque de maîtrise de soi

La solitude est une des principales causes des relations multiples et éphémères. Si on a du mal à être seul, il est évident qu’on fera tout pour avoir quelqu’un dans sa vie. La prévalence des filles/femmes dans certaines communautés rend les choses difficiles pour celles qui recherchent absolument un compatriote.

Il y a peu d’hommes pour plusieurs femmes, par conséquent, dès qu’un homme s’approche , la femme se précipite, sans prendre le temps de le connaître et d’évaluer les chances de réussite. Ce qui peut dans bien des cas, décourager l’homme le plus sérieux, car ce faisant, elle lui enlève le plaisir de … conquérir. Au risque de devenir  inintéressante à ses yeux pour la suite.

Aucun homme digne de ce nom n’est intéressé par une femme désespérée. Garder le contrôle de ses émotions est essentiel dans le processus de séduction. Vous ne savez pas encore à qui vous avez à faire.

Il n’y a rien de plus fragile qu’une relation ayant pour principal fondement, l’émotion.

 

4- Le manque de préparation et de développement personnel

Avant de chercher un(e) partenaire, il est essentiel de se poser les bonnes questions.

  • Quels sont mes objectifs de vie?
  • Pourquoi je veux un conjoint/une conjointe?
  • Comment doit être cette personne pour que la relation ait des chances de fonctionner ?
  • Le type de personne qui m’intéresse recherche t il/elle une personne comme moi?

C’est très important de savoir exactement ce qu’on veut, ça nous évite de perdre du temps avec des gens qui ne nous conviennent pas.

Il peut aussi arriver qu’on veuille une relation mais qu’on ne soit pas encore prêt(e) à s’engager. Nous avons tous un vécu qui peut , dans certaines circonstances, devenir un frein à notre épanouissement. C’est à chacun de faire son introspection et de réparer un passé encore douloureux.

Personne n’est parfait, mais on ne peut rechercher la bonne personne, sans prendre le temps d’en devenir une soi-même. Votre futur conjoint(e) n’a pas à ramasser les pots cassés des personnes qui ont traversé votre vie.

 

5- L’inaptitude à gérer une relation de couple

Quand bien même on arrive à trouver une personne avec qui une relation est possible, celle-ci peut se briser par manque de savoir-faire.Une relation ne se construit pas toute seule. Pour ce faire, il faut beaucoup de maturité. Notamment:

  • Apprendre à gérer les désaccords dans le calme.
  • Adopter un comportement mesuré en toutes circonstances.
  • Savoir prendre des décisions objectives et concertées.
  • Construire des priorités communes.
  • Être apte à se remettre en question.
  • Renoncer à ce qui pourrait mettre le couple en danger.
  • Communiquer dans le respect.
  • Avoir une vie sociale en dehors du couple.
  • Garder la vie de couple privée sur certains aspects.
  • Mettre des limites aux amis et à la famille quand c’est nécessaire.
  • Tenir compte de l’avis de son partenaire.
  • Accepter ses propres défauts et ceux de l’autre.
  • Exprimer ses frustrations et être prêt à faire des compromis en cas de nécessité.
  • Faire de sa maison  un havre de paix (propre, rangée, calme et agréable à vivre).
  • Prendre soin de toute la famille (faire de la bonne cuisine, fournir les soins domestiques appropriés, partager des loisirs en famille).
  • Avoir une vie affective et sexuelle épanouie.
  • Accepter les épreuves de la vie de couple et les traverser ensemble.

En conclusion

Tomber d’accord sur les rôles respectifs dans le couple ainsi que sur la manière de gérer les conflits, constituent déjà un fondement important pour la réussite de la relation. Il est également conseillé de faire un contrat de mariage afin de ne pas se retrouver dans des frustrations inutiles en cas de divorce.

Quoiqu’il en soit, rien ne garantira jamais la réussite d’une relation à 100%. Néanmoins, certaines précautions peuvent diminuer de manière significative le risque d’échecs et redonner confiance même aux personnes les plus pessimistes.

 

Noire&Psy

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