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Réflexions d'une psychologue noire

Afrique, la dépravation des moeurs chez les jeunes

J’ai pris connaissance il y a quelques jours d’une vidéo qui circule sur les réseaux sociaux et qui montre plusieurs petites filles se livrant à des rapports homosexuels à l’aide de jouets sexuels.

Je ne sais pas exactement d’où proviennent ces images, mais de ce que j’ai pu observer, les jeunes filles qu’on y voit sont encore très jeunes. Je ne pense pas que la  plus petite ait plus de 10 ans.

Elles s’amusent, rient et expliquent ce qu’elles sont en train de faire. À se demander si elles réalisent la gravité des actes qu’elles sont en train de poser…. Mais apparemment non.

En tant qu’adulte et mère, j’ai été surprise et choquée dans un premier temps. Plusieurs questions ont traversé mon esprit: Qui leur a appris celà? Où ont-elles trouvé ces jouets sexuels? depuis combien de temps elles le font et surtout…qui tient la caméra?

 

A qui la faute?

De prime abord, on pourrait jeter la pierre aux parents ou aux tuteurs  en arguant qu’ils n’ont pas fait leur travail d’éducation. Toutefois, je pense que le problème est beaucoup plus complexe que la seule responsabilité parentale ou familiale. 

Il suffit d’envisager les choses sous un angle différent et l’argument du laxisme parental tombe directement à l’eau.:  ces jeunes filles seraient des orphelines vivant dans la rue, et sous le joug  de proxénètes, qu’il faudrait analyser les faits sous un angle différent.

La dépravation des moeurs peut être  une conséquence de multiples facteurs: familiaux, sociétaux ou culturels

S’il est bien vrai que l’éducation familiale est censée donner des répères et enseigner la morale, il n’en demeure pas moins que le cocon familial ne constitue plus le seul vecteur d’apprentissage dans nos sociétés modernes.

Quand j’étais petite, je respectais les règles et les interdits parentaux parce que c’était la base de mes répères. C’est grâce à ces balises que je pouvais orienter mes actes et mes comportements. C’est le discours de mes parents qui m’apprenait ce qui est bien et ce qui est mal, ce qui est moral, et ce qui ne l’est pas.

Je n’allais pas chercher sur google ou sur les réseaux sociaux des réponses à mes questions ( et d’ailleurs ça n’existait pas encore). Quoique, les influences extérieures étaient toujours présentes, mais sous différentes formes. Que ce soit au niveau de la télévision, de la mauvaise compagnie ou tout simplement d’une personne à laquelle on est attaché et à qui on veut plaire ou ressembler.

Dans ce dernier cas, on a tendance à copier tout ce qu’elle fait, bon ou mauvais, jusqu’à ce qu’on soit sévèrement recadré.

Malheureusement, les temps ont beaucoup changé. L’avènement des nouvelles technologies rend accessible diverses sources d’informations. Informations pas toujours contrôlées ou contrôlables par les parents ou les adultes qui gravitent autour des enfants.

Une fois que ces derniers sont hors de la maison, ils sont soumis à une multitude d’influences qui échappe parfois à notre contrôle: L’école, la rue, les faits divers, le groupe d’amis, les réseaux sociaux, etc.

L’accès à internet s’étant démocratisé via la prolifération des cybercafés, les plus jeunes peuvent trouver le moyen de se connecter même en l’absence de téléphone personnel. Ils voient ce qu’ils ne sont pas censés voir et entendent ce qu’ils ne sont pas censés entendre. 

C’est ainsi qu’on assiste à toutes sortes de dérives verbales et comportementales, contraires aux attentes sociales et culturelles en matière de bonnes moeurs.

Plutôt que de chercher qui blâmer pour cet état des choses, peut-être devrions nous nous pencher sur le ‘comment on en est arrivé là’.

 

Quelques facteurs explicatifs 

De mon analyse personnelle et d’après quelques lectures sur le sujet, je citerai les éléments suivants:

  • Le contrôle social

Dans les pays d’Afrique si je peux me permettre cette généralisation, la famille n’est pas seule dépositaire de l’éducation et de la surveillance des enfants. Le voisinage ainsi que toute la communauté a un droit de regard sur les comportements jugés déviants.

Il était courant à une certaine époque de se voir réprimandé en pleine rue par des inconnus quand on affichait des comportements immoraux ou irrespectueux.

C’était également courant qu’un voisin ou une voisine vous dénonce à vos parents si jamais ils vous croisent en mauvaise posture ou en mauvaise compagnie.

La pression à la conformité aux règles éducationnelles était très grande , et il fallait réfléchir à deux fois avant d’oser poser certains actes.

De nos jours, tout le monde s’occupe de ses affaires et le contrôle social est de moins en moins opérationnel. Sans oublier qu’à la moindre tentative de recadrage, un adulte peut se voir copieusement insulté par un jeune qui a l’âge d’être son fils ou sa fille. Le respect des ainés a vraiment  “foutu” le camp chez certaines personnes.

  • Les informations non sélectives

Les médias véhiculent tout un ensemble de comportement ainsi que des modes de vie qui peuvent être alléchants pour des jeunes en recherche d’identité, de reconnaissance, ou tout simplement curieux.

Un enfant qui va sur google est immédiatement bombardé d’informations en tout genre, or, il n’a pas encore la capacité de discernement qui lui permet de faire le tri ainsi que la part des choses.

Il peut chercher ce qu’il veut et bien évidemment il finira par le trouver.

À une certaine époque, les parents autorisaient les enfants à regarder uniquement des émissions précises et à des heures bien spécifiques. Ils effectuaient une sélection de ce que leurs enfants pouvaient regarder et écouter

  • L’hétérogénéité des expériences

Surveiller son enfant ne garantit toutefois pas qu’il ne puisse avoir connaissance de ce qu’on lui interdit. L’école est le plus grand vecteur des expériences interindividuelles, et dans son cercle d’amis, il y a des chances que certains soient déjà au courant de ce qu’on souhaite lui épargner ou lui cacher.

Avoir des amis du même âge n’est plus une garantie de l’uniformité de la connaissance.

  • Le manque de cadre et de répères

Notons qu’il existe aussi des parents démissionnaires ou négligents. Ils ne savent pas ce que font leurs enfants et ne surveillent pas leurs activités et fréquentations. Ils ne prennent pas le temps d’inculquer des répères identitaires, ni de fournir une feuille de route ou des conseils face aux réalités de la vie.

Leurs enfants doivent se débrouiller tous seuls pour savoir ce qui est bien ou mal, permis ou défendu. Et bien souvent, ils vont se tourner vers leurs amis ou les médias.

La société elle-même n’est pas en reste, car elle peut encourager la débauche, par l’apologie des comportements outranciers et contraires aux valeurs qu’elle est censée prôner.

  • Le mauvais exemple de l’entourage

Les enfants imitent en general ce que les adultes qu’ils côtoient font. Il ne sert à rien de leur interdire certains comportements si on n’est pas un exemple en la matière. À savoir, utiliser un langage vulgaire, opter pour un habillement indécent, avoir des relations multiples au vu et au su de tout le monde, poser des actes de prostitution, banaliser la sexualité et la nudité, ne pas avoir de limites physiques, les exposer aux pratiques adultes, que ce soit dans le virtuel ou dans la réalité.

Apprendre aux enfants à respecter leur corps et leur nudité est indispensable. Personne n’a le droit de les toucher et ils doivent également respecter le corps de l’autre

Ils devraient pouvoir poser leurs questions directement aux parents et non rester paralysés par le tabou sur la sexualité.

  • La sensibilisation

Bien que je comprenne qu’il existe une gêne à parler de la sexualité aux enfants, il n’en demeure pas moins que si nous ne le faisons pas, d’autres s’en chargeront, et pas toujours avec la meilleure des intentions.

Protéger nos enfants passe aussi par une communication éclairée sur le corps humain , ses changements physiologiques, et le rôle de la sexualité. En adaptant bien sûr le vocabulaire à leur âge, à leur niveau de compréhension et surtout aux valeurs culturelles qu’on souhaite leur emseigner.

NB: La sexualité ne se résume pas aux relation sexuelles. On peut donc en discuter dans une optique de sensibilisation aux abus et aux prédateurs sexuels.

Si vous avez honte de le faire, vous pouvez toujours demander l’aide de votre médecin, ou d’une personne en qui vous avez confiance

Donner cet espace de discussion à vos enfants contribuera à les sensibiliser sur les dangers de la pédophilie et de toute autre dérive sexuelle.

  • La banalisation de la nudité et du sexe

La dépravation des moeurs illustre parfaitement la fuite de certaines valeurs traditionnelles, qui autrefois garantissaient un socle éducatif solide.

À force de voir des adultes vêtus de façon indécente, parler vulgairement et dévoiler leur intimité sans aucune gêne, il est fort probable que la dépravation des moeurs devienne quelque chose de banal. Si les adultes censés être les gardiens de la morale ne se sanctionnent pas eux-mêmes, comment pourront-ils sanctionner les plus jeunes.

Aujourd’hui les enfants fument, boivent, se droguent et commencent à avoir des relations sexuelles avant même la puberté. Symptôme d’une société qui va mal et au sein de laquelle le rôle de la famille et de la communauté tend à disparaître.

L’argent est devenu le maître et chacun s’occupe de ses propres affaires.

 

Les pistes de solutions?

Je n’ai pas de solution miracle, toutefois je pense qu’un certain nombre de précautions aiderait à diminuer la probabilité d’une dépravation des moeurs chez les jeunes:

  • Que chacun commence à sensibiliser au sein de sa propre maison et de sa propre famille. Notamment, éduquer les enfants sur le respect de leur corps et sur les valeurs morales 
  • Surveiller leurs accès aux réseaux sociaux et à internet, sans oublier de veiller à leurs fréquentations
  • Leur parler des dangers du proxénétisme et de la pédophilie quand ils entrent dans l’adolescence; afin que nul ne puisse les manipuler et les abuser
  • Vérifier qu’ils ne visionnent pas des contenus inappropriés susceptibles d’imprégner dans leur esprit des images indécentes. Car à force de les voir, ils finiront par vouloir imiter
  • Avoir soi-même un comportement qui réflète ce qu’on leur recommande de faire. Ils feront plus ce qu’on fait que ce qu’on leur dit

Vos enfants doivent avoir confiance dans le fait qu’ils peuvent tout vous dire ou tout vous demander.

Il est important de briser un tabou quand il n’aide pas à résoudre des problemes sociétaux, et surtout lorsqu’il contribue à les entretenir.

Informer c’est aussi protéger.

Noire&Psy

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